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Développer la maîtrise

En tant que musiciens, notre objectif est de servir au mieux notre Art, de donner des performances de haut niveau et qui marquent le public. Dans cette optique nous n’avons pas vraiment le choix, il faut travailler, tous les jours dans le meilleur des cas afin de nous améliorer.


Cependant arrivés à un certain niveau, force est de constater que nous avons atteint un plafond, qui malgré tous nos efforts ne peut être percé. C’est à ce moment je pense qu’il est nécessaire de faire ce que j’appelle un bilan général.


Certains pourraient penser qu’il serait idéal de commencer dès le départ avec la plus grande maîtrise pour ne jamais arriver à ce plafond et ne pas cesser de nous améliorer. Cependant je suis plutôt partisan dans ma démarche de professeur de ne pas bombarder les élèves débutants avec des exercices trop rébarbatifs, autrement il n’en resterait plus beaucoup à la fin du premier trimestre !


Cette idée m’est encore une fois venue de ma pratique des arts martiaux. Lors des stages de perfectionnement qui étaient proposés en Chine, la plupart des participants partaient en quête de nouvelles techniques ou d’un secret ancestral, cependant une fois sur place, les Maîtres ne se préoccupaient que des bases, insistant sur le fait que pour eux, elles étaient insuffisamment maîtrisées.


J’ai tiré de ces enseignements que nos bases étaient le plus important à travailler et que le reste découle d’une maîtrise toujours plus affinée des choses les plus simples.



Oser se remettre en question


Il n’est pas facile de se remettre à la place d’un débutant, d’avoir l’humilité de remettre sur la table ou plutôt le pupitre, des éléments qui nous semblent acquis. Je ne prendrai qu’un exemple : les débuts de notes, ou attaques. Êtes-vous capable de débuter 3 fois de suite chaque note de la gamme chromatique d’affilé exactement de la même façon, même nuance, même justesse et même articulation sans avoir besoin de reprendre une seule fois? Pourtant débuter une note est bien un des éléments que nous apprenons en premier !


J’ai utilisé cet exemple mais il y en a bien d’autres, vous pouvez vous référer à l’article sur les bases de la clarinette pour vous inspirer. L’idée est que nous ne sommes jamais au bout de notre développement, et que notre progression est un retour constant sur ce qui fait la base de notre jeu.


Lorsque vous jouez une pièce qui vous semble difficile, sachez reconnaitre d’où provient cette sensation de lutte, bien souvent, c’est juste un élément basique qui n’est pas proprement maîtrisé. Il est donc temps de s’y arrêter et de creuser un peu plus.


L’intérêt de la maîtrise


Ce n’est pas parce que nous ne maîtrisons pas à 100% un élément basique que nous sommes un mauvais instrumentiste. L’objectif n’est pas d’avoir une maîtrise totale de notre jeu sinon il pourrait nous être reproché un manque de spontanéité. Le but de notre travail est d’avoir tous les outils à disposition pour jouer de manière assurée et parvenir à exprimer librement ce que nous avons en tête sur le moment.


La maîtrise c’est l’appropriation personnelle d’un point technique. Pour reprendre l’exemple des attaques, la palette des articulations est assez large pour qu’un accent ne soit pas joué de la même façon par deux personnes dans le monde, et il n’est indiqué dans aucun traité à combien de décibels correspondent les nuances.


Maîtriser les bases c’est donc rendre ses interprétations plus uniques, plus personnelles.


Qu’est ce que la maîtrise, comment la développer ?


Lorsque nous apprenions des taolus (enchainements de mouvements) au kung fu, notre Maître répétait régulièrement qu’il fallait pratiquer 7 fois, 7 fois par jour pendant 7 jours pour ancrer un mouvement. Je pense qu’il n’y a pas de magie derrière cela, et que les sept jours correspondaient peut-être au temps entre deux séances, cependant cela était motivant. J’ai testé et je reconnais que les mouvements que j’ai ancré ainsi sont toujours accessibles, même si je ne les ai pas pratiqués depuis. Bien sûr je n’ai pas appliqué cela à toutes les techniques de kung fu, sinon je ne tiendrais probablement pas un blog de musique !


Lors de mes rencontres, échanges et lectures de biographies de musiciens célèbres, j’ai trouvé en commun qu’il y a eu un moment où ils n’avaient pas d’autre choix que de réussir dans un temps court.


Pour simplifier, il me semble donc important d’avoir un objectif temps assez court pour rester motivé. Il est aussi très important d’y croire et j’ajouterai de mesurer les progrès réalisés.


D’une manière plus scientifique, nous pouvons schématiquement comparer le cervelet (une partie du cerveau), à un codeur informatique qui va être capable de simplifier des lignes complexes en les synthétisant. L’exemple souvent utilisé, c’est le geste d’attraper un verre d’eau : cela représente plusieurs actions, et pourtant dans notre esprit il ne s’agit que d’attraper un verre d’eau.


La maîtrise c’est donc avoir en tête une chose et la réaliser exactement comme nous le désirons, sans avoir à nous préoccuper des actions individuelles que cela implique.


Dompter le cervelet


Notre cervelet est donc un allié très précieux, cependant il faut savoir une chose importante à son sujet : il ne porte aucun jugement. C’est ainsi que nous prenons toutes nos mauvaises habitudes. Répétez 10 fois un trait pour ne le réussir qu’une seule fois et votre cervelet aura traité plus de fois les erreurs que les réussites.


Pour bien le nourrir, il est donc nécessaire d’être toujours présent (voir l’article), de ne pas se mettre en situation de faire des erreurs (en jouant très lentement notamment), et de répéter des choses d’abord simples puis de plus en plus complexes (peu de notes puis de plus en plus par exemple).


Il est également primordial de savoir reconnaître quand vous avez réussi quelque chose et de vous féliciter, même si ce n’est qu’intérieurement. Nous fonctionnons à la récompense, et si nous nous contentons de critiquer nos erreurs, la motivation partira vite.


Quand votre attaque a fonctionné comme vous vouliez, sachez être réjouis.

C’est pourquoi des exercices simples, courts, répétés avec patience et présence sont les plus efficaces pour atteindre la plus haute maîtrise technique possible.


Un voyage sans fin


Dans ce cas, suffit-il une bonne fois pour toute de passer des heures pour tout maîtriser et nous n’aurons plus jamais besoin de revoir nos bases ? Le titre au dessus dit déjà ce que j'en pense.


La réponse que je tire de toutes mes rencontres est que nous devons remettre nos bases en question de manière régulière, à la façon d’une révision automobile. Il faut bien rouler pour de vrai, nous ne pouvons pas laisser la voiture au garage tout le temps sinon elle ne sert à rien !


Cet aspect sans fin ne doit pas décourager, je trouve au contraire qu’il y a une forme d’excitation qui provient de notre curiosité naturelle :


Toujours aller voir plus loin ce qui nous attend.

Bonne pratique et n’oubliez pas de vous amuser !

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