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La répétition

Symbole absolu de la ténacité de l’artiste, la répétition est au cœur de l’apprentissage d’abord instrumental, puis des morceaux que nous sommes amenés à jouer. Nous ne sommes pas égaux face à ce concept et je dois reconnaitre que la capacité de certaines personnes à répéter indéfiniment un passage me semblait étrange lorsque j’étais plus jeune.

C’est en forgeant que l’on devient forgeron, serait-ce donc en répétant que l’on devient un musicien ou une musicienne ? Ce n’est pas si simple ! Le proverbe sous-entend que l’expérience et la pratique amènent à la maîtrise. Il ne me semble cependant pas qu’un forgeron ne sachant faire qu’une forme de fer à cheval soit tout à fait accompli. Pourtant ces fers seront de très belle facture.

Dans la première partie de l’article je présenterai les formes de répétition que j’ai pu répertorier durant mes observations. La seconde partie sera consacrée à la place de la répétition dans la méthode de travail. Enfin je présenterai ce qui est pour moi le but de cette approche technique et son aboutissement.


Différents types de répétition


Il n’y a pas de répétition qui soit foncièrement mauvaise, à part la répétition d’une erreur. C’est juste une question de rapport temps passé / résultat. Au final cela dépend de chaque personne, de ses facilités et de son rapport à l’instrument. Le plus important reste comme toujours la façon dont nous procédons, plus que ce que nous faisons.


Quel que soit le type de répétition choisi, le principal est d’accorder toute notre attention à chaque réitération

La répétition par le nombre consiste à fixer un objectif chiffré plus ou moins élevé. Elle peut concerner un court passage, voire même seulement un début de note, jusqu’à plusieurs phrases. Elle perd un peu en intérêt quand il s’agit de jouer un morceau entier.


Cette approche permet de faciliter la tâche en ne cherchant pas forcément un résultat sonore, le contrecoup est que justement il est facile de ne pas réellement écouter ce que nous faisons pour nous focaliser sur le nombre à atteindre, baissant souvent la qualité du travail en approchant de la fin.


Pour contrer cela, il me semble plus approprié de se donner un temps qui sera mesuré par un minuteur, de se consacrer pleinement à chaque répétition et de s’arrêter quand le temps est écoulé. Un autre avantage réside dans l’automatisation des passages difficiles. Dans cette optique le travail lent est à privilégier, avant d’accélérer progressivement quand la maîtrise s’installe.


La répétition à l’identique consiste à reproduire de la même façon un passage afin de l’imprimer dans l’oreille. Contrairement à la répétition par le nombre, l’oreille est très utilisée, c’est donc une bonne façon d’être plus critique envers le résultat obtenu. Il est possible bien sûr de mélanger les deux en se donnant un nombre de fois pour répéter le même passage de façon identique. Attention à la fatigue, limitez le temps pour ne pas saturer et rendre le travail pénible.


Ce genre de pratique permet de contrôler la maîtrise technique que nous pouvons avoir de l’instrument. La question se pose cependant quant à la spontanéité en situation de concert. Une autre lacune est la capacité d’adaptation en jouant à plusieurs ainsi que si un soucis mécanique se dresse face à l’artiste, qui se retrouvera perdu car trop raide dans son approche.


La répétition expérimentale, rejoint l’approche de l’expérimentation déjà évoquée dans un précédent article. Il s’agit d’essayer différentes combinaisons de nuances, d’intentions, d’exagération, quitte à aller à contresens du texte, tant que cela reste dans la salle de travail, aucun mal n’est fait.


Ce type de répétition permet de trouver des idées nouvelles, de se surprendre. Il arrive parfois qu’en étant trop portés sur les sensations, nous perdions un peu le résultat sonore de vue (ou plutôt d’oreille). Il est important de s’enregistrer pour écouter par la suite et vérifier la cohérence de ce que nous avons joué. L’autre écueil est qu’il faut quand même trouver une direction et savoir se fixer à un moment, autrement notre morceau aura peu de sens pour les auditeurs. Il est possible de se perdre dans la spontanéité au point de se retrouver coincé ou coincée par la direction que nous avions prise.


Expérimentons librement, mais une fois une direction qui nous satisfasse trouvée, il faut s’y tenir. Il n’est pas interdit plus tard de faire évoluer notre interprétation, mais il est important de se fixer si nous avons une échéance

La répétition variée, est un type de répétition assez original qui mélange plusieurs autres. Il consiste à répéter un certain nombre de fois un passage en variant quelque chose. Cela peut être le fait d’être en position debout ou assise, ou bien de se tenir sur un pied, debout sur une chaise, de décaler la partition ou de changer l’orientation du pupitre ou de son regard s’il n’y a pas de partition. Il est aussi possible par exemple d’exécuter quelques mouvements de gymnastique pour avoir le souffle court et simuler une situation de trac.


C’est une sorte de variante de la répétition par le nombre. Cela peut devenir assez amusant, mais comporte comme pour la répétition par le nombre, le danger de perdre d’oreille le résultat sonore. Comme toujours, l’enregistrement et la vidéo seront très utiles ? Un avantage est cependant de rester éveillé sur son texte (que le morceau soit joué de mémoire ou non).


La méthode de travail


Comme sous-tendu dans la partie précédente, il n’y a pas un mode de répétition qui ne comporte un écueil. La façon de procéder passe par la connaissance de ces revers de médailles. La méthode raisonnée de l’artiste consistera donc à savoir choisir le mode en fonction de ses besoins et de son niveau actuel.


Par exemple, il semble prématuré de jouer en répétition par expérimentation un passage qui ne serait pas acquis techniquement, ce qui pourrait être résolu en répétition par le nombre. Tout comme il serait dangereux de se coincer dans une répétition à l’identique ou par expérimentation juste avant un concert. Il semble plus avisé de faire des répétitions variées dans ce cas là.


En Musique jusque dans le cadre du travail personnel, je ne crois pas à une recette miracle qui fonctionnerait pour tout le monde à tous les coups, cependant je peux vous proposer une approche à expérimenter et adapter selon les résultats que vous obtenez.


Séparons en trois partie un morceau de sa découverte à son interprétation. Il y aurait le déchiffrage, la maturation et la maturité.


Lors de la partie déchiffrage, il semble que la répétition par le nombre soit la plus appropriée, d’abord lentement puis en accélérant. Notamment pour les passages techniquement exigeants, l’automatisation des doigts et surtout l’éducation de l’oreille au nouveau matériel demandent cette approche.


Cette phase de découverte est de première importance pour éviter de devoir passer du temps plus tard à rattraper les erreurs apprises. Il s’agit donc d’être particulièrement attentifs au résultat d’où utilisation d’un minuteur pour sauvegarder l’énergie mentale, et d’un enregistreur. A noter que l’écoute de l’enregistrement peut être l’occasion de faire une pause d’instrument !


La période de maturation est selon moi la plus longue et elle permet d’alterner tous les types de répétitions. En effet l’expérimentale peut être tentée maintenant que la mélodie est claire dans la tête ou que les doigts savent où ils vont s’il n’y a pas de vraie mélodie. Une fois que nous avons pu trouver une idée, il est utile d’être capable de reproduire le même résultat à l’identique pour ancrer les sensations dans le corps. Il n’est pas trop tard pour revenir sur du nombre afin de corriger une mauvaise habitude ou gommer un doute technique. Il n’est pas non plus trop tôt pour anticiper une répétition variée afin de vérifier où sont les faiblesses.


La maturité est un moment très intéressant, nous sommes capables de jouer notre morceau mais bien souvent, nous avons encore besoin de nous rassurer. Pour cela, la répétition variée est assez bienvenue. Elle permet de nous conforter sur nos capacités en nous prouvant que nous sommes capables d’une belle exécution, ce qui nous donnera plus de confiance.


L’aboutissement de la répétition


Au-delà de la stratégie développée dans la partie précédente, il faut garder à l’esprit que nous sommes décideurs dans nos séances de travail personnel . C’est par la réflexion posée avant de commencer à jouer que nos séances apporteront le maximum de résultats.


L’avantage commun à toutes les formes de répétitions est la connaissance du texte amenant à pouvoir jouer de mémoire ou quasiment nos morceaux. Cette liberté donnée a énormément de valeur lors des interprétations. Quitter la partition permet de mieux écouter, sentir et réagir à la salle. Le fait de jouer « par cœur » fera l’objet d’un article plus approfondi.


Lorsque nous pratiquons n’importe quelle forme de répétition, il faut garder en tête ce qui est pour moi l’aboutissement de ces heures passées : servir la musique et en faire partie tant nous en serons imbibés. L’aspect technique est indiscutable, cependant nous devons toujours visualiser ce vers quoi nous allons.


C’est à cette condition que nous réussirons vraiment à mettre la technique au service de la Musique et pas inverser la tendance en utilisant la Musique pour faire preuve de technique

Souvent nous jugeons nos propres prestations du point de vue de l’instrumentiste que nous sommes. Ce qui nous semble difficile est mis en valeur car nous savons que cela est complexe. Néanmoins, entendu de l’extérieur par des non musiciens ou même des musiciens pratiquant d’autres instruments, ce n’est pas cela qui ressortira le plus.


Pour me rappeler cette réalité j’aime faire la comparaison avec les artistes de cirque : Lorsque je vais voir un spectacle, je n’ai aucune idée de ce qui est facile ou difficile, et quel que soit le mouvement j’applaudirai avec plaisir. Certes, je pourrai être impressionné par le clou du numéro car il sera forcément spectaculaire, mais je n’ai aucune idée de l’échelle entre les différents exploits réalisés plus tôt.


Pour conclure, le fait de répéter est indissociable du travail des musiciennes et des musiciens, il s’agit de savoir quoi répéter, comment et quand. Même s’il existe des exceptions qui ont moins besoin de répéter les passages techniques, nous sommes tous égaux face à un nouveau morceau.


C’est par notre présence attentive à chaque répétition que nous lui donnons leur valeur. Toute répétition est nouvelle est doit être libérée du poids des précédentes.



Chaque répétition est différente, pourtant nous jouons la même chose

Même lorsque nous sommes absorbés par l’aspect technique de notre instrument, nous devons garder constamment à l’esprit l’objectif de servir la Musique. La maîtrise venue, nous serons libres de nous exprimer.


Chaque individu aura son approche personnelle, c’est en essayant et surtout en dressant systématiquement un bilan que nous pouvons tous trouver la stratégie qui nous conviendra le mieux. Un travail raisonné possède un rapport temps passé / résultats très favorable.


Bonne pratique et n’oubliez pas de vous amuser !

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