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La stratégie de jeu

Il y a quelques années, j’ai découvert une discipline fascinante et inspirante, le tir à l’arc. Comme avec les arts martiaux, plus j’avance, plus je fais des parallèles avec la pratique instrumentale. La philosophie du tir à l’arc amène à penser que viser l’objectif dans le seul but de mettre la flèche au centre n’est pas la meilleure solution. En une phrase il s’agit de :


Mettre les conditions en place pour que la flèche atteigne le centre

La différence est très subtile, cependant l’approche que j’ai fait sur le principe de l’égo dans un article précédent complètera mon explication.


Principes


Pour expliquer, je pourrais dire que cet idéal flèche dans le mille devient une sorte de projection de notre égo . Comme si ce fait faisait de nous la flèche et nous rendait meilleurs, alors qu’elle n’est qu’un résultat. Nous ne sommes pas la flèche, en revanche nous sommes le corps qui a su aligner parfaitement chaque articulation, équilibrer son poids, gérer la poussée de l’arc et la traction de la corde, aligner correctement le viseur, tout en ayant les repères corporels permettant de reproduire à l’identique le même geste.


Lorsque la flèche n’est pas dans la cible, alors il faut remettre en question notre mouvement

Cette recherche est longue et demande une grande concentration à chaque instant compte tenu du nombre incalculable de paramètres qui doivent être reproduits. Dans l’idéal, une fois le geste parfaitement maîtrisé, il n’y a plus besoin de flèche ni d’arc, le corps entier est en parfaite union avec le mental.


Dans l’idéal d’une pratique assidue et répétée, frôlant l’ascèse ! Pour les éternels débutants que la majorité des tireurs resteront, il existe une technique pour simplifier la chose, elle s’appelle la stratégie de tir. Je l’ai personnalisée pour la transformer en ce que j’appelle la stratégie de jeu.





L’arc et l’art, la flèche est le son


Tout comme pour le tir à l’arc, la musique trouve la profondeur de sa pratique dans la mise en place des moyens de laisser jaillir les émotions. Quand la musique est sortie de notre instrument, elle n’est plus nous, elle appartient à tout ceux qui l’entendent. Elle est la manifestation auditive de notre maîtrise instrumentale.


Quand le son a été produit nous n’avons plus la main dessus, il n’est donc plus à nous

De ce constat il faut tirer la leçon que c’est ce qui se passe avant la production du son qui est le plus important. Autant répéter le geste du tir à l’arc semble être un seul mouvement à maîtriser, autant la musique peut paraître une variété infinie d’expression et de subtilité.


Il est cependant une réalité, c’est que quelle que soit l’expression à produire, notre pyramide des techniques de base reste la même. Le travail physique reste inchangé. Les émotions ajoutent la couleur et ce n’est pas le corps qui les produit. Au contraire, se tendre pour interpréter la colère ou sautiller pour devenir dansant est une distraction et une mise en péril de notre jeu.


Le peintre n’est pas le tableau, l’acteur n’est pas son personnage, le musicien n’est pas la musique.

Chaque artiste est une antenne relai, un transmetteur. De l'humilité de reconnaître cette condition naît la vraie expression artistique.


Théorie


Avant d’expliquer ma vision de l’expression artistique, j’ai mentionné la stratégie de tir. Elle consiste au niveau où j’en suis arrivé, à trouver trois verbes d’action qui doivent nous accompagner afin de réaliser une belle flèche de façon reproductible.


Nous avons tous nos façons de ressentir le corps, nos facilités et nos difficultés. C’est pourquoi cette stratégie est personnelle et ne peut être transmise à quelqu’un d’autre. Par le tâtonnement et l’essai nous mettons chacun au point cette stratégie.


Cela est parfaitement applicable à l’instrument : sur quels point porter notre présence pour obtenir le son que nous avons en tête ? Le chiffre trois permet de ne pas être débordé par les informations à traiter tout en obligeant à trouver des priorités.


En théorie, se répéter ces trois verbes d’action avant de jouer devrait nous amener à pouvoir mettre en place une façon de jouer qui soit stable et sur laquelle nous pourrons compter. Bien sûr la confiance ne pourra qu’en sortir grandie !


Après quelques temps nous pouvons être amenés à modifier notre stratégie de jeu, lorsque les automatismes sont en place, nous pouvons explorer des couches de subtilité plus profondes.


Application


Rien de mieux que des exercices de base pour mettre au point notre stratégie de jeu : des poses de son, des intervalles, des articulations différentes. Le tout avec l’exigence et la discipline de s’écouter et de ne se faire aucun cadeau. Si notre matériel est bon, quand quelque chose ne marche pas, alors nous nous y prenons mal.


En nous efforçant d’être présents sur quelques points spécifiques et en notant les résultats, nous arrivons à une nouvelle façon de jouer. Libérés du syndrome de la flèche dans le mille, jouer de l’instrument devient un moment de communion entre le mental et le corps.


La remise en question de notre façon de jouer lorsque nous rencontrons un blocage doit devenir systématique. Elle n’est pas une remise en cause de notre valeur personnelle mais une aventure introspective palpitante.


Lorsque nous savons sur quels points porter notre intention, la musique passe sans obstacle

Bonne pratique et n’oubliez pas de vous amuser !

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