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Pourquoi il est indispensable de s'échauffer et comment bien faire ?


En tant que professeur, c’est une des premières questions que je pose à mes élèves non débutants (après les présentations basiques bien sûr) : « que fais-tu avant de jouer ? » . Jusque là je n’ai jamais eu une réponse qui me semble aller dans le bon sens du travail d’un musicien. La moins pire ayant été « je joue une gamme chromatique ? ».Notez l’inflexion interrogative de l’élève qui ne s’est jamais posé la question.


Arrêtez tout ! Je vous propose ici mon approche personnelle de l’échauffement. Il ne s’agit pas d’un guide à suivre aveuglément, il faut l’adapter à son instrument, ses besoins et ses capacités. D’abord, il est important que je précise que pour moi l’échauffement n’a pas pour but de progresser, mais bien de se préparer à jouer. Pour s’améliorer dans les divers aspects du jeu, il y a des exercices spéciaux mais ce n’est pas PAS le moment.





La pratique instrumentale est un processus complexe qui demande l’activation simultanée de nombreuses parties du corps, et se lancer sans aucune préparation amène presque inévitablement à ces principales déconvenues:

· De la fatigue prématurée, donc une séance raccourcie.

· Des séances de travail qui n’apportent que des progrès très lents.

· Des blessures (tendinites, mal de dos...) pour les « courageux » qui insisteraient trop.

· De la frustration et une baisse de motivation.

Certes en cours, les temps est... court, mais je pense qu’il est de mon devoir d’instiller de bonnes habitudes à mes élèves, en espérant que cela entre dans leur pratique personnelle. De plus, afin que l’échauffement n’entame pas notre endurance, il est nécessaire qu’il ne dure pas plus de 10 à 15 minutes (parfois un peu plus pour moi s’il fait très froid dehors !!). Pour des débutants, 5 minutes peuvent suffire, il suffit de varier la longueur des exercices, pour déjà obtenir un résultat significatif !

Dans ma pratique personnelle, je construis mes échauffements sur le modèle suivant afin de rendre mes séances plus productives et en tirer la meilleure expérience possible. Je présenterai après une proposition d’échauffement. Entre chaque point, prenez le temps de respirer deux ou trois fois de la façon que je décris plus loin.


1. Le corps, la respiration et le mental.

2. Les oreilles.

3. Les doigts.

4. La langue.


Le corps, la respiration et le mental

Oui ça commence fort avec trois points qui sont les bases de notre jeu. Notre corps sans lequel il serait compliqué de jouer, la respiration qui fait le lien entre le corps et le mental qui permet de diriger notre énergie.

Sans faire une séance de fitness complète, il s’agit pour moi de préparer un minimum les parties du corps dont nous aurons directement besoin : les membres supérieurs, la cage thoracique, le dos, et le visage ( à adapter en fonction des instruments).

Pour faire simple, j’aime commencer en me frottant les paumes des mains vigoureusement pour les réchauffer, avant de me masser les bras, les trapèzes, les joues, les lèvres et les mâchoires. Si vous aimez les automassages, il y a moyen de trouver des tonnes d’informations. Par contre, j’estime qu’il n’est pas nécessaire de se masser entièrement en échauffement. Pas de danger particulier à part si vous forcez trop, l’idée n’est pas de souffrir mais de réveiller.


J’enchaîne en roulant les épaules vers l’arrière pour bien ouvrir la cage thoracique. Puis, en tendant un bras vers le haut, je me penche très en douceur sur le côté opposé afin de m’étirer. J’enchaîne en pliant les bras, paumes vers le haut en serrant les poings, comme si je portait des petites haltères en même temps, puis en descendant je tend les doigts le plus possible, deux choses en même temps, gain de temps !

Enfin, je mobilise un peu le cou en regardant en haut, en bas, puis à droite et à gauche en y associant le regard, comme si les yeux guidaient le mouvement et le prolongeaient. Cela me donne la sensation d’avoir les yeux plus légers et vifs.


Pour la respiration, je me tiens debout, bouche légèrement entrouverte et lèvres relâchées. Je porte alors toute mon attention sur la sensation de l’air qui passe entre mes lèvres en entrant et en sortant. Surtout pas de contrôle ni de conscience du diaphragme ou autre. Je m’inspire des principes du song and wind, pour laisser mon corps gérer la respiration. La seule chose que je commande, c’est la quantité d’air que je souhaite faire passer (de plus en plus), et la recherche du plus grand silence possible. Souvent, cinq ou six respirations avec une très grande attention sur les point que j’ai cité suffissent à relâcher énormément de tensions, et donnent l’impression de s’être ajouté un troisième poumon !


Enfin, après cette préparation, je monte ma clarinette avec beaucoup d’attention, et avec reconnaissance de pouvoir jouer de ce si bel instrument. Cette intention est très importante, et permet d’ajouter tôt du positif. Beaucoup d’attention pour placer l’anche et me voilà dans de bonnes conditions.

Je profite également de ce premier moment pour écouter un court extrait d’un morceau de clarinette que j’aime particulièrement pour préparer les oreilles et pour m’imaginer en train de jouer (j’écrirai aussi un article sur la visualisation).

C’était long à décrire mais en allant vite, en trois minutes ça peut être plié, choisissez un morceau court à écouter.


Les oreilles


Il ne s’agit pas de soulever des poids avec les lobes des oreilles, on passe au concret ici. Les fameuses poses de sons entrent en jeu. Pour une séance raccourcie, je choisis juste une note médium, une grave, une aiguë et une suraiguë dans cet ordre. Il s’agit pour moi de les jouer trois fois chacune en ayant en tête le concept que j’appelle « le plus beau son ». Chaque son que nous émettons à ce moment-là, doit être le plus beau possible dans notre conception (d’où l’écoute juste avant). Il faut prêter attention au début de la note, à son corps et à sa fin.


Il faut aussi être progressif avec les nuances, en allant chercher à chaque fois plus loin dans l’intensité du son, d’abord les mezzi (mp, mf), auxquels s’ajoutent les nuances (p, f) et enfin les extrêmes (pp, ff). Progression également dans la durée, 8 secondes puis 12 et enfin 16 (métronome à 60)

Bien sûr on peut faire plus de notes, mais le travail du son pourra attendre un moment particulier dans la séance, souvenez-vous, ce n’est pas encore de la performance.


Les doigts


Plus tôt dans l’article j’ai pu sembler décrier la gamme chromatique. Elle n’est pas mon ennemie au contraire, je l’utilise également, mais comme vous l’avez remarqué, je fais quelques petites choses avant !


Nos doigts ont déjà été déliés légèrement lors de l’échauffement corporel, j’aime les préparer en douceur à ce qui les attend avec la fameuse gamme chromatique, à nouveau avec beaucoup de progressivité. Cela dépend des personnes bien sûr, mais le rapport que j’aime trouver, est de la jouer en montant et en descendant avec un métronome. La première fois, je joue une note par pulsation, puis deux, puis quatre. En séance un peu plus longue, je vais chercher six, parfois huit ou même douze si je suis très en forme, mais à chaque fois ce doit être facile, sans aller jusqu’à ma capacité extrême.


Il ne s’agit pas de n’être que mécanique ici, il faut avoir conscience des doigts et de leurs mouvements. Le miroir est un allié fantastique pour vérifier le bon bouchage des trous, que les doigts ne s’envolent pas non plus, qu’ils soient les plus indépendants possibles. J’aime sentir la résistance des clés et des anneaux, comme pour chercher l’appui minimum.


La langue


En principe avec toute cette préparation, surtout en se concentrant bien sur les débuts de notes lors des poses de son, la langue a déjà une idée de quoi faire. Il faut ici garder le caractère progressif qui a été le guide lors des autres parties de l’échauffement. Comme précédemment il s’agit de reprendre une note dans chacun des registres, et d’allumer le métronome (là il faudra tâtonner quelques fois pour trouver la bonne vitesse, le but n’est pas de se dépasser, mais de se préparer à jouer). Sans changer de note, avec le souffle bien en place, le son placé mf voire f, les doigts fermes mais pas crispés, quatre mesures à 4/4 à la suite, une avec des noires, la suivantes avec des croches, puis de triolets et enfin des doubles sur. Si c’est à 140, bravo, si ce n’est que 60, ce n’est pas grave, vous pourrez éventuellement constater votre progression dans le temps.


Je pense que la langue joue ici un rôle minuscule comparé à tout le travail précédent, et j’essaie de me persuader qu’il doit en être de même dans les morceaux également. Pour citer Reginald Kell*

« [... I like to believe[…] that the art of staccato playing is one of the easiest things we can hope to accomplish, for there is so little movement involved.[...]. The distance the tongue should travel is probably no more than a quarter of the distance involved in the blinking of an eye. Therefore futile movement of the mouth and jaws should be avoided; interference of this nature can only add to the problem. »

Modeste traduction de cette citation un peu tronquée pour les non anglophones :

« J’aime à penser que l’art de détacher est une des choses les plus faciles que nous puissions espérer accomplir car il induit un si petit mouvement [...] La distance que la langue doit parcourir ne dépasse probablement pas le quart de la distance parcourue lors d’un clignement de paupière. De cela découle que le moindre mouvement inutile de la bouche ou des mâchoires doit être évitée ; les interférences de cette nature ne pourront qu’ajouter de la difficulté »


*Pour ceux qui ne connaissent pas, Reginald Kell a écrit un cahier d’études pour le détaché, il a aussi fait plein de choses, cherchez son nom sur internet.


Conclusion


Après toute cette préparation, nous voilà prêts pour la séance. Avez-vous bien définit vos objectifs ? Cela fera l’objet d’un autre article. J’espère que cela vous aura donné des idées, n’hésitez pas à insister davantage sur un ou plusieurs aspects de l’échauffement si vous avez décidé de vous concentrer sur un point particulier. Je suis partisan de garder un certain rituel dans cet échauffement. D’expérience il n’en est que plus efficace et vous permettra d’entrer dans la pratique plus rapidement.


Avec l'expérience vous trouverez éventuellement d'autres idées d'exercices, ils évolueront avec vous, restez sur les bases que je viens de proposer et tout ira bien.


Bonne pratique, et n’oubliez pas de vous amuser !

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