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Trouver son originalité



Chaque individu est unique et possède ses forces, ses difficultés, ainsi qu’une variété propre de capacités et de limites. La sensibilité et la personnalité font également partie des spécificité de chaque artiste. C’est ce qui fait la différence entre deux interprétations.


Cette chance que nous avons d’avoir un point de vue différent de la même chose nous amène de la richesse et nous permet de nous inspirer mutuellement et de grandir ensemble.


Dans cet article je vais partager mon point de vue sur la reconnaissance et l’acceptation de l’originalité propre à chaque personne. Ensuite je donnerai quelques pistes afin de cultiver ses propres particularités. Enfin je finirai par une mise en garde face au risque de perte de spontanéité.


Comprendre et accepter son originalité


Nous avons tous un ou une modèle, une personne que nous admirons pour diverses raisons. Certaines personnes peuvent avoir un modèle pour chaque aspect du jeu, rêvant une sorte de combinaison parfaite. Navré d’être aussi franc mais ces rêves font partie des impossibles. Chaque personne étant unique, une qualité qui resort chez quelqu’un, est le fruit d’une combinaison singulière.


Nous ne pouvons pas imiter un aspect unique sans devenir entièrement l’autre, ce qui fort heureusement n’est pas réalisable. Il est bien sûr possible de s'inspirer d'une autre personne. La nuance est à trouver entre inspiration et imitation afin d'intégrer pleinement ce modèle dans notre technique personnelle.


Dans le meilleur des cas nous pouvons obtenir une pâle imitation

Après cette douche froide, rassurez-vous, il est un objectif bien plus stimulant, réalisable et en plus durable :


Devenir le meilleur ou la meilleure que nous puissions être avec ce dont nous disposons

Commençons par nous faire plaisir et sachons d’abord reconnaître et apprécier nos forces ou facilités. Nous ne les réalisons pas toujours, elles semblent si flagrantes d’abord. Il s’agit de tout ce qui nous paraît évident et quasiment donné. Sachez repérer ces évidences et vous féliciter pour ce qui fonctionne pour vous. Ce n’est pas facile pour tout le monde et vous avez la chance de maîtriser cet aspect du jeu ! Ces facilités doivent vous encourager à persévérer et à penser que vous êtes capables.


Nous avons besoin de moins de temps pour nous trouver des défauts, ou difficultés en revanche. Bien souvent nous sommes si focalisés sur eux, que nous les mettons plus en exergue que nos facilités. Ils font cependant partie de notre jeu tant que nous n’avons pas résolu toutes les arcanes de notre instrument. Il faut se méfier cependant à ne pas prendre un symptôme pour une cause et réussir à bien cibler d’où vient une difficulté peut s’avérer bien complexe.


Les difficultés peuvent devenir la motivation et la raison de travailler nos bases et de continuer à progresser

Il y a aussi des difficultés que nous ne réalisons pas forcément, car nous sommes trop focalisés sur les autres. Prendre le temps de revoir les bases de son instrument et comprendre qu'une sensation de difficulté ou de retenue n'est pas normale sont deux pistes à arpenter inlassablement.


Cultiver son unicité


Comme vu plus haut, les facilités et les difficultés font partie d’un individu. Il est cependant important de garder en tête l’aspect changeant des êtres biologiques que nous sommes. Le terrain de base reste similaire, mais il faut rester sensible aux subtiles modifications qui ont lieu sans cesse. C’est le danger de la fameuse étiquette que nous aimons rarement nous voir attribuer, mais que nous avons tendance à recréer pour nous-mêmes.


Accepter ces changements et réviser nos stratégies de jeu sont deux éléments fondamentaux afin de donner le meilleur avec les capacités dont nous disposons

Afin d’aider à rester ouvert et non enfermé dans une seule manière d’interpréter, il est vital d’être persuadé que chaque prestation est différente de la précédente et de la suivante. En dehors de la question meilleure ou moins bonne. Elles sont chacune unique, par tous les petits détails qui les composent; de ce que nous avons mangé le matin, à la nuit passée par la personne au premier rang ou le parfum choisi par une autre dans la salle.


Comme j’en ai parlé dans le précédent point, la façon dont nous contournerons nos difficultés ou bien les exposerons en partie est une stratégie à réfléchir. Transformer une liaison difficile en détachant légèrement ou jouer sur le timbre d’une note afin de lui donner plus d’expressivité ne sont pas des crimes. Il s’agit d’être convaincu par son propre choix réfléchi. En s’enregistrant, il est généralement possible d'entendre si l’effet attendu est présent ou pas.


L’avis de nos confrères et consœurs est indispensable, il faut cependant trouver des personnes qui sauront mettre de côté leur goût personnel et rester les plus objectives possibles. C’est aussi en écoutant de façon vraiment neutre d’autres musiciens et musiciennes que nous pouvons grandir et nous enrichir. Il ne s’agit plus d’imitation, mais bien d’une analyse d’une suggestion que nous pouvons faire notre.


L’imitation est une dénaturation, l’hommage est de la maturité artistique

Afin de créer une liaison avec le point suivant, j’aborde enfin le risque qu’il existe à anticiper ce que les autres vont penser et comment ils réagiront. Evidemment dans cette approche, nous souhaiterons plaire. Cela comporte un biais terrible : nous ne sommes pas dans la tête des autres, et tenter cette gymnastique fait perdre beaucoup trop d’énergie.


Chercher à plaire ou ne pas déplaire n’est pas un objectif qui fait grandir

Une idée pour ne pas craindre les critiques : en faire le moins possible soi-même à l’encontre des autres. Nous avons tendance à projeter notre comportement sur les autres personnes. Ainsi, si nous sommes toujours insatisfaits et ne savons pas reconnaitre les qualités des autres, nous serons amenés à penser que nous sommes jugés de la même façon. En revanche, donner sa chance à chaque personne, chercher à ressentir ce que l’autre a à offrir, est un état d’esprit qui permet davantage d’assurance.


Rester naturel


Le dernier point abordé est critique : essayer de se conformer à l’opinion qu’on pense que les autres auront est une catastrophe. C'est pourquoi j'insiste autant dessus. Dans la même réflexion, créer une forme de pression afin de maintenir notre image auprès du public est simplement contre productif. Au final nous réaliserons une prestation éloignée de nous-même qui ne nous satisfera pas. De l'autre côté, nous n'avons aucune garantie d'être parvenu à séduire le public.


Le but est de présenter une chose qui nous plaise, ça fera au moins une personne convaincue !

Savoir se voir et s'écouter tels que nous sommes permet la vraie sincérité


Le danger devient donc de se caricaturer soi-même. C’est le risque des étiquettes qui peuvent finir par limiter. Il est bien de se mettre en confiance en restant dans une certaine facilité, mais cela est dangereux à long-terme car nous risquons de stagner. Pire, comme nous évoluerons, ce que nous jouerons ne nous plaira plus autant et ne sera plus adapté.


Des exemples frappants sont les grands pianistes qui ont enregistré à plusieurs reprises les mêmes œuvres à différents moments de leurs existences. On croirait entendre à chaque fois un autre instrumentiste. C'est fascinant et fortement inspirant !

Il est vital de vivre l’instant présent et la note jouée dans son contexte. Aussi pratique que cela pourrait paraitre, notre esprit n'est pas illimité. Si une personne à l'habitude de s'écouter et de juger en permanence, il y a nécessairement des notes qui passent à la trappe, aux moments où la personne consacre davantage d'énergie sur une chose déjà passée. Cela s'entend quand une personne fait un petit accroc au milieu de nulle part, puis se met à douter et chanceler.


De même, si quelqu'un voit arriver un trait difficile et commence à se tendre, la présence ne sera pas suffisante dans la partie précédente. Si cela arrive, le début du trait sera gâché par la médiocrité de ce qui le précédait. L’analyse à posteriori et l’anticipation à outrance sont des ennemis.


Ce qui reste pour moi le meilleur outil afin de croire en soi, c'est le sourire intérieur. Pour le trouver, profitez d'un moment de plaisir pour vous surprendre en train de sourire sincèrement. Dirigez votre intention vers la zone de la cage thoracique et observez ce qui s'y passe. Laissez votre conscience vagabonder sur les différentes parties de votre corps et ressentez ce qu'elles envoient comme signaux.


Ensuite, sans raison particulière, entraînez-vous à retrouver ces sensations d'abord dans les endroits les plus flagrants, puis dans tous le corps, tous les détails qui rendront la sensation réelle. Vous vous surprendrez sûrement à sourire de nouveau. Continuez à pratiquer sans forcément extérioriser physiquement votre sourire, ressentez-le au plus profond de vous en revanche. Dans les moments de stress, de peur, ou de tristesse, faites appel à votre sourire intérieur pour retrouver du calme et voir plus clair.


Trouver un sourire intérieur qui permet de s’illuminer de l’intérieur permet de toucher les autres également. Cela permet de créer et de dégager une impression de confiance qui n’oblige pas à aimer, mais permet de respecter.

Pour conclure, commencer par se connaître est un premier pas, parvenir à s’accepter est plus difficile. Tels que nous sommes, nous pouvons mettre au point une stratégie qui nous permettra de nous sublimer.


Evidemment, cette stratégie est toujours changeante tout comme nous. Nos forces ne sont pas garanties et nos difficultés peuvent être résolues. Cet équilibre est à trouver en permanence et suivra toujours notre évolution


Enfin, il faut toujours apprécier et profiter de la chance que nous avons de pouvoir nous exprimer par l’Art et goûter cet instant au maximum. Pour cela, il est nécessaire d’abandonner le désir de plaire à tout le monde et proposer une interprétation unique et personnelle.


Bonne pratique et n’oubliez pas de vous amuser !

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