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La Musique, c'est plus que des notes et des rythmes

Pour rester dans le format des réflexions autour d’une phrase, je vous propose une de celles qui m’ont le plus marqué et inspiré, et qui reste encore une source inépuisable de questionnement. Cet article pourra sembler un peu plus directif que le précédent. Libre à vous de commenter, d’apporter votre vision, toutes les réponses ne se trouvent pas dans les lignes qui suivent !


« La Musique, c’est plus que des notes et des rythmes ». Encore une phrase retrouvée dans mes carnets dont je ne peux identifier avec certitude l’origine. Peu importe, en partant de cette idée nous allons développer un peu.


Pourquoi serions-nous donc amenés à penser que la Musique n’est que notes et rythmes ? D’abord pour moi, il y a l’objet partition lui-même. Elle peut être vue comme une sorte de code à déchiffrer. Dans le cas où notre appréhension de la Musique serait de la voir comme une succession organisée de sons à différentes hauteurs et se suivant à une vitesse définie, alors la partition est une sorte de code informatique que nous allons traduire de l’écrit à l’oral en utilisant notre instrument ou notre voix.


Alors, en quoi la Musique serait-elle plus que cela ? Nous pouvons ajouter les notions de nuances, de variation de tempo, les articulations, les effets. Tout ce que les compositeurs ajoutent afin de guider le jeu. Toutes ces exigences devant être bien évidemment respectées au maximum. Une sorte d’idéal du musicien-traducteur serait alors de restituer la partition de manière à ce que quelqu’un d’autre puisse directement prendre en dictée ce qui a été joué. Cette retranscription devant être identique à tout ce qui a été inséré dans le texte partition.


Dans ce cas poussé à l’extrême, il semble qu’il suffirait d’une version de chaque œuvre enregistrée pour qu’il n’y ait plus besoin de la jouer. Plus loin encore, nous pourrions juste faire jouer des ordinateurs qui ne feront jamais d’erreurs.


Volontairement, le trait a été grossi, mais c’est bien là le danger de jouer la partition en ne voyant que les notes, les rythmes et autres indications

Ce n’est pas ce que nous constatons : certains interprètes enregistrent plusieurs fois les mêmes pièces et les jouent de façon différentes. Le même morceau joué par deux artistes différents sera modifié, pas seulement question de sonorité. Alors quoi ? Quels secrets la partition recèle-t-elle encore ?


J’aimerais ici faire une comparaison entre la partition et une pièce de théâtre. Les notes sont les mots, les caractères sont les personnages, les indications sont des didascalies. Et pourtant ces deux textes vont bien plus loin lorsqu’ils sont mis en scène. Quel que soit le degré de précision des indications, il reste une place pour l’interprétation.


Le respect du texte est une chose, son analyse, sa remise en contexte et en question, ainsi que son interprétation (non pas traduction ou restitution) sont fondamentales

Petite parenthèse sur ce terme de restitution, trop réducteur à mon goût. La définition pourrait être « rendre quelque chose ». Mais rendre quoi à qui ? Le papier au compositeur (bien souvent décédé) ? Nous sommes des interprètes, c’est-à-dire que nous donnons une partie de nous-mêmes dans ce que nous transmettons aux autres.


Imaginez que vous racontez une anecdote à quelqu’un. Vous n’allez pas décrire froidement tout ce qui s’est passé dans les moindres détails. De manière spontanée nous allons raconter ce sur quoi nous avons porté le plus d’attention en exagérant parfois, en minimisant d’autres fois. Nous allons insister sur ce qui nous a le plus marqué, à savoir ce qui a généré en nous des émotions.


Le mot tant attendu est lâché, cet autre mystère que sont les émotions : simples réactions chimiques dans le cerveau ou bien davantage ? Je ne me lancerai pas dans ce débat ici! En tout cas, il est démontré que nous mémorisions les choses par les émotions qu’elles nous évoquent et que nous y associons.


Autrement dit, une interprétation qui aura fait naître en nous des émotions vive sera plus mémorable

Il y aune différenciation à faire entre l’analphabétisme et l’illettrisme. Ceux qui peuvent lire les lettres ou les notes sont sortis de l’analphabétisme. Ceux qui se contenteraient de jouer les notes et les rythmes seraient plutôt comme des illettrés.


Jouer une partition sans émotions revient à lire un texte sans en comprendre le sens

« La Musique c’est plus que des notes et des rythmes » nous incite à raconter une histoire que nous connaissons dans ses moindres détails. Nous pouvons jouer avec les moments d’attente, faire anticiper, surprendre, suggérer. Les auditeurs n’ont pas besoin qu’on leur fasse de grands signes avec un panneau indiquant « j’ai bien fait mon crescendo, et maintenant je vais ralentir ». En fonction de la réceptivité de l’auditoire nous allons modifier notre interprétation : grossir les traits si nécessaire, ou proposer quelque chose de plus subtil.


A chaque fois que nous prenons notre instrument ou que nous chantons, il me semble important de toujours chercher à faire plus que juste des notes, même pour une simple pose de son.


En conclusion je complèterai la phrase de départ en ajoutant à la fin « [...] c’est aussi ce que nous y mettons de nous-mêmes »



La Musique, c'est plus que des notes et des rythmes, c'est aussi ce que nous y mettons de nous-mêmes



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